Parti breton : un Modem qui aurait réussi ?

Publié le par Kevin

Ce n’est plus un secret pour personne, le Modem semble en train d’exploser en vol. Les départements bretons n’échappent pas à la règle.

En Finistère, le président départemental, André Lesven a démissionné car n’ayant pas obtenu la tête de liste aux régionales. Le référent du Parti à Douarnenez  a fait de même il y a quelques jours, suivi de l’ancien maire de Plouzané Yves Pagès, le vice-président départemental E. Morucci s’apprêtant semble-t-il à suivre le mouvement. Dans le Morbihan, ce sont notamment deux vice présidentes départementales (tendance centre gauche) sur 5 qui ont claqué la porte. Le mensuel du Golfe du Morbihan a récemment cité un représentant du Modem affirmant que le nombre d’adhérent dans le département est passé de 650 à 150 (« dont une trentaine d’actifs ») entre 2007 et aujourd’hui. L’Ille et Vilaine paraissait jusque la épargnée, mais le délégué départemental Laurent Thomas vient d’annoncer sa démission du parti pour cause de « manque de démocratie interne ». Rien ne se passe dans les Côtes d’Armor et pour cause, il est de notoriété publique que sorti de Bruno Joncour, le Modem 22  n’existe guère. Enfin en Loire-Atlantique, le Modem à littéralement explosé, les têtes de files (en particulier, mais pas seulement, le président départemental Olivier Deschanel) rejoignant l’alliance centriste et l’UMP et une nouvelle tête de file étant sortie du chapeau en catastrophe à 15 jours du dépôt des listes (tête de file pour laquelle j’ai certainement bien plus de sympathie que pour les anciens cependant). Bref, ca commence à faire beaucoup… Pourquoi une telle situation ?

A lire les médias, il semble que ces départs en cascades résultent d’une part  du conflit entre aile droite et gauche au niveau hexagonal, d’autre part de mésententes au niveau local sur la composition des listes, bref, de conflits de pouvoirs et de personnes. Sans me risquer à interpréter une situation qu’on ne voit que de l’extérieur, force est de constater que pour les régionales, le choix a été fait de se reposer sur des élus sortants issus de l’ancienne UDF plutôt que sur de nouvelles têtes : Bruno Joncour et A. Crolais dans les Côtes d’Armor, mais aussi Fabrice Loher plutot que F. Mouhaou dans le Morbihan, Isabelle Le Bal dans le Finistère, Grégoire Le Blond plutôt que Caroline Ollivro en Ille et Vilaine… la situation étant un peu différente en Loire-Atlantique puisque ce sont cette fois ci les têtes sortantes qui ont claqué la porte à cause des orientations globales du parti.

 

Dommage ; sans verser des larmes de crocodiles, et même si je n’aurai jamais adhéré au Modem, il faut quand même reconnaître qu’il apportait un bol d‘air frais très bienvenu par rapport au PS et à l’UMP.

 

Ce n’est pas inintéressant de comparer la situation du Modem avec celle du PB, l’autre mouvement démocrate centriste de Bretagne. Chez nous globalement ca tourne, une orientation claire pour les régionales, une campagne dynamique en dépit de moyens relativement limités par rapport à ceux des trois listes favorites. Un nombre d’adhérents qui s’étoffe tranquillement et une structuration maintenant réelle en sections locales. Un programme fort construit dans le consensus (il ne lui manque plus qu’une mise en page potable !!!), et une vraie maturation par rapport à la construction du programme général du PB il y a 3 ans. Et surtout, pas de guerre interne, que cela concerne la stratégie ou les places. Evidemment, tout n’est pas parfait (On se souvient par exemple encore du départ de G Henry suite au choix d’alliance avec C. Troadec) mais c’est clair qu’on va dans le bon sens. Alors quelle est la recette ? A mon sens on peut retenir trois points.

 

Des raisons conjoncturelles : le PB n’a pas de sortants, et peut-être moins d’ambitions individuelles et plus de sens de l’avancée en commun. En tout cas, cela évite ce choix cornélien entre reconduire intégralement ou quasi les sortants (cf Modem et UDB notamment) et ainsi fermer la porte à tout renouvellement, ou prendre le risque de mécontenter des figures du parti et risquer de susciter des conflits. Ceci dit, des choix ont bien du être fait concernant les listes, et des compromis trouvés, mais à lire la presse quotidienne, j’ai l’impression d’un havre de paix…

Par ailleurs, la formule Nous te ferons Bretagne aux régionales nous permet d’espérer un résultat tout en restant centré sur nos fondamentaux (… Nous te ferons Bretagne), ce qui est toujours bon pour le moral.

 

Des raisons structurelles : les différentes orientations ne dépendent pas des choix plus ou moins opaques d’une direction à 500km des opérations (et la je ne pense pas plus au Modem qu’à d’autres). Evidemment tous n’est pas parfait pour autant, mais lorsque l’on travaille dans le cadre d’un territoire à taille humaine, tout est plus facile à gérer : que ce soit au niveau de la communication entre la direction et les adhérents, des orientations de fond, de la participation de chacun aux différents groupes de travail, etc. Et enfin on a pas à gérer les alliances à la carte dans 22 régions différentes, c’est autant de gagné !

Nous te ferons Bretagne a également un programme propre pour la Bretagne, à l’inverse d’autres listes même parmi les plus importantes, et la possibilité d’avoir une démarche cohérente sur les 5 départements bretons.

 

 

Le projet : au-delà de la question des régionales, le PB affiche une identité politique et un projet clairement démocrate, bien loin du Na gwenn na ruz que certains lui prètent.  Mais surtout il le marie à une vision nationale et un projet d’évolution profonde pour la Bretagne, en complémentarité avec une volonté de construction d’une Europe fédérale. Un projet réaliste et cohérent au vu des expériences de tous nos voisins, mais aussi un projet ambitieux, qui donne à rêver, au-delà de la « simple » identité politique démocrate, déjà portée par d'autres mouvements en Bretagne.

Il développe également une vision cohérente sur des sujets transversaux souvent peu abordés ou uniquement par la caricature : intégration et place des différentes identités dans la société, Europe, subsidiarité et démocratie locales, etc.

Si on regarde sur les 20 ou 30 dernières années la situation politique en Europe de l’Ouest, on voit que deux nouvelles forces ont émergé et ont renouvelé les orientations politiques: l’écologie politique et les nationalismes périphériques. La première force est maintenant bien installée en Bretagne, reste à développer la seconde ; et continuer à développer un projet démocrate et écologiste pour construire la Bretagne, à l'image de l'Ecosse, du Pays basque ou de la Catalogne.

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