Exception culturelle : la tauromachie recensée au patrimoine immatériel de la France

Publié le par In(ter)dépendant

ministere-logo-sg-copie-1.jpgC’est officiel depuis ce 23 avril : la tauromachie est officiellement recensée au patrimoine immatériel de l’hexagone*. La France est donc le premier état à classer officiellement la tauromachie au patrimoine, alors même que la Catalogne a aboli cette activité en 2010. Ce choix a bien évidemment réjouit les tenants de cette activité, et suscité la colère des défenseurs des animaux. Alors que la corrida est attaquée depuis plusieurs années sur le plan éthique, ses défenseurs s’appuient donc désormais sur l’aspect patrimonial et culturel. Pour ma part ce classement me pose deux grandes questions :

 

Tout d’abord sur la façon dont on traite – et dont on tue - les animaux aujourd’hui. Bien évidemment, la tauromachie est une pratique assez ignoble. Mais elle ne concerne qu’un nombre très marginal d’animaux comparé par exemple aux poulets passant toute leur vie en cage ou au bétail abattu de façon tout sauf sympathique dans els abattoirs. Demander ‘larret de la tauromachie, c’est très bien au plan symbolique mais ca ne règle pas les problèmes de fonds qui se situent plutôt du coté de l’élevage industriel. Même sans parler de régime végétarien (ce que je ne suis pas), est-il logique et éthique de demander l’arrêt de la tauromachie tout en continuant à manger trois fois plus de viande que ce qui est recommandé par les nutritionnistes ? Cette polémique pourrait aussi servir à poser ce type de question.

Le problème de la tauromachie c’est que c’est une activité visible et mise en avant, alors que personne ne va dans les abattoirs admirer le spectacle, et tout le monde est bien content de ne pas savoir ce qui s'y passe. Faire interdire la tauromachie comme activité sportive et artistique sans rien changer à des pratiques alimentaires qui ne sont pas plus justifiées serait finalement passer à coté du fond du problème.

 

Concernant l’aspect plus purement patrimonial : évidemment, la tauromachie a un caractère culturel – exactement comme, par exemple, les jeux bretons - ce n’est pas le problème. La question, c’est quel sens on donne au patrimoine. Le patrimoine a toujours un sens actuel, on ne le conserve pas juste pour le conserver, on conserve des pratiques qui donnent du sens et une identité à la société d’aujourd’hui. Qu’on le veuille ou non la mise en valeur du patrimoine a donc un aspect éminemment politique. On ne peut évidemment pas tout conserver, et il y a toujours des choix de faits. Ces choix montrent quelles valeurs la société veut porter. Quelles sont alors les valeurs portées par la tauromachie ? Veut on conserver ces valeurs dans la société de demain ? Pour moi la réponse est tout vue.

Le collectif des vétérinaires pour l’abolition de la corrida fait d’ailleurs sur son blog une remarque intéressante que je reproduis ici : La définition du patrimoine culturel immatériel, telle que présentée par le premier paragraphe de l'article 2 de la Convention de 2003 [ND : convention de l’UNESCO demandant le classement du patrimoine immatériel, dans le cadre duquel  se retrouve désormais la tauromachie], fait explicitement référence aux "exigences du respect mutuel entre les communautés, les groupes et les individus". La corrida est l'enjeu d'oppositions éthiques extrêmement fortes entre des groupes de pensée, et ne saurait donc, au moins pour cette raison, satisfaire à cette définition.

 

Concernant la promotion de la tauromachie, je ne suis pas à la place des occitans ou des espagnols. Par contre, ce classement veut dire que l’art  d’assassiner le taureau se retrouve catalogué au sein du patrimoine immatériel… en compagnie du fest-noz. Déjà que ça me faisait suer de voir le fest-noz classé patrimoine français, mais alors en compagnie de la tauromachie, non merci. Nous n’avons pas les mêmes valeurs, et vivement que le fest-noz soit reconnu patrimoine international directement au sein de l’Unesco.

 

* La liste complète directement sur le site du ministère.

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