Cantonales 2011 : les résultats en Bretagne

Publié le par In(ter)dépendant

carte-bretagne-departements-fr.jpgL’avantage de ne pas (plus) être membre d’un parti politique, c’est qu’on peut prétendre à l’impartialité en analysant les résultats du scrutin… Tour d’horizon des résultats du premier tour des cantonales en Bretagne, parti par parti :

 

[pour le détail des scores canton par canton, c’est ici]

 

Parti socialiste : le parti remplit son contrat en augmentant globalement encore ses scores par rapport à 2004. 12 socialistes ou apparentés sont élus dès le premier tour, dont la moitié dans les Côtes d’Armor. Certains sortants sont réélus à la soviétique faute d’opposition à droite (La Roche-Derrien, Saint-Thégonnec). Le PS gagne encore du terrain dans le Morbihan, dernier bastion de la droite en Bretagne. Cependant, ce sont surtout les résultats du second tour qui permettront de juger du succès.

UMP et assimilés : La claque était prévue, la claque est arrivée. Peut-être moins forte que dans d’autres régions cependant du fait de la faiblesse traditionnelle du FN en Bretagne.  6 candidats élus au premier tour, plus deux classés sans étiquette mais clairement orientés à droite. A noter la défaite surprise dès le premier tour du sortant UMP sur le canton de Gourin (56 – Kreizh Breizh). Comme pour le PS, c’est surtout le second tour qui permettra de juger.

Front National : Le parti brun marine présentait 43 candidats en Bretagne (dont 16 dans le Morbihan, 13 en Loire-Atlantique, mais seulement 2 dans le Finistère). En Bretagne comme ailleurs, l’extrême droite augmente ses scores, montant jusque 26% à Matignon (22) dans un duel avec le PS. Pour la première fois en Bretagne, le FN parvient à envoyer 3 candidats au second tour, à Lorient Nord, Rennes Le Blosne et Pleine Fougères, à chaque fois en éliminant le candidat UMP/divers droite. A Saint-Herblain Est et Saint-Nazaire-Est, le candidat frontiste parvient également à dépasser l’UMP mais se retrouve exclu par le haut score EELV. Partout ailleurs, en dépit de score frôlant parfois les 20%, le FN ne parvient pas à dépasser la droite classique. Bref ça monte mais il faudra encore beaucoup de temps avant que l’extrême droite ne décroche un siège en Bretagne, face à une droite classique généralement modérée et respectée.

Europe Ecologie : Les verts continuent à monter en Bretagne et seront présents dans 10 cantons au second tour, dont 6 en loire-Atlantique. Les verts qui pour le moment n’ont qu’un seul conseiller général (Saint-Nazaire Ouest) pourraient remporter deux sièges de plus, à Perros-Guirec (22) dans le cadre d’une entente avec le PS et à Châtelaudren (22) ou ils seront en bonne position pour battre la droite suite au désistement du PS arrivé en troisième position. EELV profite donc de son accord départemental avec le PS. Ailleurs, ils profitent généralement de la faiblesse de l’UMP (et du FN) mais n’ont aucune chance de bousculer un PS hégémonique. A noter enfin que les candidats verts arrivent très souvent en troisième position, par exemple dans l’agglomération brestoise ou ils frôlent par endroit les 20%.

Modem : Le parti de François Bayrou, orienté à droite en Bretagne, ne présentait que peu de candidats (une petite vingtaine en tout dont 6 en Loire-Atlantique et dans le Finistère). Au final, un bilan plutôt correct, aux alentours de 10% et en remontée par rapport aux régionales. A noter les 12.5% obtenus sur Nantes 5 (meilleur score en 44) et surtout 46.5% à Bain-de-Bretagne (35) et 28% à Saint-Brieuc Ouest. Par ailleurs, le site central du Modem annonce un candidat élu au premier tour dans les Cotes d'Armor (Plouagat ?), mais aucune autre source n'y fait référence.

Front de Gauche : Le PC semble stopper son hémorragie pour la première fois depuis longtemps. Si il va perdre le canton de Rostrenen (22) au profit du PS qui ne veut plus le maintenir en vie artificiellement,  il fait globalement des scores Plutôt en augmentation par rapport en 2004 et devrait garder ses autres sièges. A Saint-Nicolas du Pelem, le sortant PC est reconduit avec 55% des suffrages.

 Cap21 : Un seul candidat en Bretagne, à Bruz (35), obtient 6% des voix.

 Le Bloc identitaire / Jeune Bretagne. Le mouvement régionaliste d’extrême droite présentait deux candidatures à Fouesnant et Rosporden. A Fouesnant Y. Vallerie obtient 4% pour une candidature affichant clairement els couleurs. A Rosporden, le candidat identitaire a profité de l’absence de candidat de droite classique pour se présenter comme candidat d’union des droites. En dépit de divers retours de flamme dans la presse locale, il en empoche les bénéfices avec plus de 15% des voix. Au final, deux scores solides pour une première présentation, et qui peuvent inquiéter pour la suite vu la volonté d’implantation du mouvement.

 

 

Chez les mouvements bretons :

 

UDB : Le parti autonomiste présentait une quarantaine de candidatures dont 4 indépendantes en Loire-Atlantique, les autres en Bretagne administrative en cartel avec Europe Ecologie. Aucun de ses candidats ne parvient à passer au second tour. A Rosporden, l’UDB à 18% ne rate son ticket que de quelques dizaines de voix (battu par le PS et le PC). A Plouagat, le candidat UDB soutenu par l’ensemble des partis de gauche est battu au premier tour par le sortant de centre-droit. Ailleurs, l’UDB fait globalement de bons scores avec le soutien EE, tout particulièrement dans les Cotes d’Armor : plus de 15% à La Roche-Derrien et Langueux, plus de 13% à Mael-Carhaix et Plouha, plus de 10% à Moncontour avec un candidat de 20 ans… En revanche, sans le soutien EE, les scores sont plus réduits : entre 2,5 et 3.5% en Loire-Atlantique, et par ailleurs 3.3% à Arzano et 2.5% à Pont-Croix (29), dans les deux cas face à des candidats EE. Au final un bilan mitigé pour le long terme : les scores UDB sont en progression grâce à leur alliance, ce qui a au minimum un avantage financier appréciable. En dehors de ça, et à l’inverse des régionales, cela n’apporte à l’UDB aucun élu. Si la réforme territoriale de 2014 est effectivement mise en place,  L'UDB a intérêt à mettre le turbo pour pouvoir rivaliser avec le PS au moins dans quelques fiefs ; faute de  quoi elle a des soucis à se faire, malgré son développement évident ces dernières années.

Parti breton : Le PB présentait 10 candidats, dont 4 en Finistère et Ille-et-Vilaine et un dans le Morbihan et la Loire-Atlantique. Seuls deux d’entre eux dépassent les 5%, à Blain (44) et Ploudalmézeau (29), les autres oscillant entre 1.3% et 3%. C’est un coup d’arrêt pour le parti nationaliste après les progressions des européennes et des régionales. Dans certains cas, les scores sont même en retrait par rapport à ceux des européennes de 2009 en dépit d’un nombre inférieur de concurrents. Les deux candidats qui s’en sortent ont pu bénéficier d’une implantation ancienne et d’un terreau favorable (en particulier le problème de l’aéroport à Blain). Pour le reste, faute d’avoir (à l’inverse de leur ex-partenaire C. Troadec) capitalisé sur le résultat des régionales 2010 et en l’absence de stratégie lisible aussi bien que d’une ligne politique forte aujourd’hui, la situation est compliquée pour le PB.

Mouvement Bretagne et Progrès : Le mouvement lancé par Christian Troadec présentait cinq candidats. C’est un gros succès pour le jeune mouvement : à Gourin (56), Christian Derrien, maire de Langonnet et ancienne tête de liste Nous te ferons Bretagne - Morbihan en 2010 remporte le canton dès le premier tour en battant le sortant UMP malgré la présence d’Europe Ecologie. A Carhaix, Christian Troadec obtient 43% des voix et est en ballottage favorable face au PS pour qui il est l’ennemi à abattre. A Bannalec, Florent Hilliou obtient 24% et sera au second tour face au PS mais a très peu de chances de l’emporter. A Daoulas, la candidate MBP obtient 25% mais ne peut se maintenir. Enfin, le MBP obtient 7% des voix à Pleyben. Après ce succès, la question est désormais de savoir si le MBP qui apparaît aujourd’hui avant tout comme une entente de personnalités locales va se structurer, se pérenniser et s’engager fortement pour l’idée bretonne. Si c’était le cas, le MBP montre en tout cas déjà sa capacité à faire jeu égal avec les grands partis.

Breizhistance : L’ex Emgann présentait des candidatures en cartel avec le NPA en Loire-Atlantique et en Ille-et-Vilaine, notamment celle de Gael Roblin à Rennes Sud-Est. Il obtient entre 1 et 3% soit des scores correspondant à la fois à son poids lors des scrutins précédents et aux autres scores du NPA en Bretagne. RAS donc.

En Avant Bretagne : La formation locale de Vannes crée tout récemment, qui regroupe des membres du PB de l’UDB et du MBP, présentait deux candidats à Vannes centre et Ouest. Ceux-ci obtiennent 1.9% et 2.8%. Si ce résultat n’a rien de déshonorant dans des cantons qui n’ont jamais été favorables à l’idée bretonne, il incite tout de même à s’interroger sur l’intérêt d’une démarche d’union des mouvements bretons en l’absence d’une individualité capable de faire la différence sur son seul nom.

 

Rendez-vous dans une semaine pour les résultats définitifs et une analyse complétée.

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Laurent 08/04/2011 11:03


Je trouve que vous êtes totalement malhonnête avec le PB. Absence de ligne politique claire? Franchement on croit rêver en lisant cela. Mais cracher sur le PB semble la dernière mode chez les
militants bretons désoeuvrés. Comme d'habitude. Vive la Bretagne qui ne voit pas ceux qui la représente.


In(ter)dépendant 08/04/2011 17:42



Bonjour,


Je n'ai pas l'impression d'être plus (ou moins) critique avec le PB qu'avec qui que ce soit, dans l'emsav ou ailleurs. maintenant je ne vois pas non plus pourquoi il faudrait se cacher derrière
son petit doigt sur le fait que le PB aujourd'hui navigue à vue. Si il veut décoller, le projet politique et la stratégie globale restent à construire, même si il y a eu certaines choses
intéressantes de développées dans le passé ( certaines orientations démocrates, les ententes avec Troadec en B4 et le Modem en 44 notamment). C'est tout le mal que je lui souhaite, pour ma part.



Julien D. 05/04/2011 18:20


Bonne analyse. J'ajouterai quelques remarques :

- La communication du PB était très forte pour des résultats que l'on peut qualifier de mauvais. Mais le PB annonce quand même qu'il progresse et si c'est faible c'est la faute aux autres (paris,
les jacobins, les martiens, etc.). Ils continuent dans du nationalisme de bas étage, un programme patchwork d'idées piquées chez les uns et les autres, qui n'intéresse pas les bretons.

- MBP : Je reste dubitatif car C. Troadec est un peu un baron local qui trône en centre Bretagne sans vraiment aller plus loin. Les Européennes l'ont prouvé et les résultats des cantonales montrent
une assise "localiste" dont le centre en Carhaix.

- UDB: Euh, ils n'existent pas, c'est plutôt EELV pour qui votent les électeurs.

- Breizhistance qui fait en fait le score du NPA car Breizhistance ne pèse rien électoralement.