Elections au parlement catalan - victoire écrasante de Convergencià i Uniò

Publié le par In(ter)dépendant

 

celebracioOK.jpgLes catalans étaient appelés aux urnes en ce dimanche 28 septembre pour élire le parlement de la Généralité de Catalogne. La coalition nationaliste Convergencià i Uniò (cartel composé des démocrates de la CDC et de l'UDC, orientée à droite), était donnée favorite face à l’entente majoritaire sortante composée du Parti Socialiste Catalan (PSC), de la gauche républicaine de Catalogne (ERC - indépendantiste) et des Verts.


 

Les résultats détaillés se trouvent ici –  et pour mémoire les résultats de 2006.

 

 La CiU remporte une victoire écrasante avec plus de 38% des voix et 62 sièges sur un total de 135. Le PSC, second en terme de sièges, se prend une véritable volée, passant de 26 à 18% et de 37 à 28 sièges ; défaite importante également pour l’ERC (Esquerra Republicana de Cataluna, renommée pour l’ocasion par le site naciodigital Esquerra « Resignada » de Cataluna) qui perd plus de la moitié de ses voix et passe de 21 à 10 sièges ; Enfin, les verts baissent légèrement (de 12 à 10 sièges) alors que le parti populaire progresse (de 14 à 18), mais reste marginal faute d’alliés possibles. Les ultranationalistes espagnols de Ciutadans stagnent et restent marginaux à 3 sièges. Ils se voient dépassés par la nouvelle formation indépendantiste dure lancée par Juan Laporta, ancien président du FC Barcelone, qui emporte 4 places. Le seul parti d’extrême droite présent, auteur d’une campagne dure contre l’immigration, ne parvient pas à entrer au parlement. La CiU devrait donc reprendre le pouvoir perdu en 2003 après plus de 20 ans au gouvernement, et pourrait s’allier en priorité avec l’ERC et SI, la nouvelle formation indépendantiste.

 

Deux types de causes ont été évoquées pour expliquer cette victoire : d’une part la crise économique qui n’a pas épargné la Catalogne, avec la montée du chômage et la flambée de la dette -  qui flirte désormais avec les 30 milliards d’euros -. D’autre part, le rejet par la cour constitutionnelle espagnole du nouveau projet de statut voté par le parlement catalan, et notamment de la reconnaissance explicite de la nation catalane.

Si on reprend les résultats, on peut constater qu’il s’agit principalement d’une victoire des démocrates et des droites contre les gauches : CiU et conservateurs espagnols (qui ne s’apprécient pas particulièrement) ont progressé au détriment de l’ensemble des partis de gauche, indépendantistes ou non.

Si on prend les partis nationalistes et indépendantistes, la progression de la CiU (+ 7%) et l’émergence de SI de Juan Laporta (3%) sont largement contrebalancées par la raclée de l’ERC ( -7.5%) ; sachant que par ailleurs les socialistes plutôt régionalistes perdent du terrain alors que les conservateurs centralistes durs en gagnent. Bref, en termes purement arithmétiques, la situation est pour le moins mitigée, et on peut même se demander si la question de l’indépendance a joué de façon importante. D’autant plus qu’au-delà des mots, il y a finalement assez peu de différences de politiques sur ce sujet entre les régionalistes du Parti socialiste catalan et les autonomistes nationalistes de la CiU.

 

Par contre une différence réelle, c’est que la CiU n’hésite pas, à l’image du PNV basque, à monnayer son soutien au gouvernement espagnol (quelle que soit sa couleur…) en échange de pouvoirs supplémentaires pour la Catalogne, ce que les indépendantistes de l’ERC n’ont pas eu la volonté – ou la possibilité faute de poids électoral suffisant – de faire. De plus La CiU ne s’allie pas aux conservateurs espagnols alors que l’ERC n’hésite pas à conclure des accords avec les socialistes. Un peu paradoxalement, un vote CiU peut être donc vu plus nationaliste qu’un vote ERC. On peut enfin noter que le Parti populaire espagnol profite peu de la déroute socialiste. Est-ce parce que les électeurs les savent condamnés à l’opposition, faute d’alliés possibles, et préfèrent voter utile pour l’alternance vers la droite ? Ou parce qu’il refusent le centralisme qu’il incarne et votent naturellement nationaliste ?

 

La prochaine étape est maintenant le lancement de négociations pour la formation du nouveau gouvernement.

 

EDIT :Deux points intéressants à ajouter : d'une part, l'engagement clef de la CiU pour ce mandat est l'obtention pour la généralité de Catalogne de la collecte et de la gestion totale des impots sur le territoire (une partie étant ensuite reversée au gouvernement espagnol), à l'image de ce qui se fait déjà au Pays Basque. Par ailleurs les éputés de Solidarité catalane (SI - Juan laporta) ont déjà annoncé qu'ils allaient déposer dans els prochaines semaines au parlement une proposition de déclaration unilatérale de la Catalogne. Cette proposition n'a guère de chances dêtre adoptée en l'état, mais pourrait mettre en difficulté la CiU qui est très divisée sur la question de l'indépendance. Felip Puig, une des figures de la CDC, a d'ailleurs récemment afirmé l'opposition de son parti à un referendum sur l'indépendance avant 2018 (au motif que celui-ci serait certainement perdu...)

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