Pourquoi des droits spécifiques pour les minorités?

Publié le par Kevin

 

Une petite réflexion sur la nature du nationalisme du Parti Breton, principalement inspirée de l’Ouvrage de Will Kymlicka « la citoyenneté multiculturelle – une Théorie libérale du droit des minorités » ainsi que d’un article de Daniel Weinstock « la neutralité de l’Etat en matière culturelle est-elle possible ? » déjà longuement disséqué ici même.

Pour ceux qui s’étonneraient d’un certain changement de ligne par rapport à l’article précédent, cet article avait été ébauché il y a un certain temps maintenant. Je viens juste de le retrouver au fond de mes cartons. Si cela m’a paru intéressant de le compléter et le publier, il doit être vu moins comme une vérité révélée sur ma vision du nationalisme que comme une volonté de recherche sur l’attitude que l’Etat doit tenir vis-à-vis de la culture et de l’identité culturelle.

 

 

 

Le Parti Breton propose une vision spécifique de l’organisation sociale basée sur la primauté de l’individu.

Pourtant, jusqu’à un temps très récent, de façon générale, les tenants de la démocratie libérale ont considéré que le respect de la liberté individuelle et de la justice sociale ne pouvait être compatible avec l’attribution de droits spécifiques à des minorités ethnoculturelles. Les libéraux se sont « donc le plus souvent mépris sur les implications de leurs propres principes de liberté, de justice et de démocratie » (Kymlicka).

 

 

Néanmoins, A partir de ce constat, on pourrait considérer l’idéal à atteindre comme celui d’un état neutre culturellement (ce qui bien sur permet d’évacuer le problème de droits réservés a une catégorie de population tout comme celui de la mise en place d’une culture commune par des moyens tout sauf démocratiques). Cet idéal n’est pas et ne peut être atteint dans le cadre des démocraties libérales actuelles. En effet, celles-ci sont par nature empreintes des références culturelles et linguistiques du groupe dominant, références qui font tellement partie du vécu du groupe majoritaire qu’elles ne leur apparaissent même plus comme une inégalité.

De plus, l’Etat ne peut par nature s’empêcher d‘intervenir dans le domaine culturel. Par exemple, il est un agent linguistique (communication avec ses citoyens, débat dans le cadre démocratique) et privilégie automatiquement une langue. La division du monde en Etats elle-même  consacre la domination moralement arbitraire de groupes culturels sur d’autres. Les frontières ne sont en effet dans beaucoup de cas que le fruit d’aléas historiques*.

Le fonctionnement politique comprend donc inévitablement une dimension nationale, dans la définition des frontières, le partage des pouvoirs, les décisions touchant à la langue d’usage ou le simple choix des jours fériés.

 L’Etat se fait donc par nature le vecteur des cultures dominantes. Et les droits individuels dans le cadre de cet Etat ne peuvent apporter de réponse à ce type d’inégalités. Non qu’ils s’y opposent, ils n’apportent tout simplement aucune réponse. Une nouvelle approche basée sur une logique de droits collectifs est donc nécessaire pour offrir une égalité de droits aux membres des minorités culturelles.

 

 

 

Cette approche est ici libérale. Son objectif fondamental est donc la défense des principes fondamentaux de la liberté individuelle de choix et la protection des libertés civiles et politiques individuelles. Elle cherche à accroître la capacité des individus à critiquer les modes de vie et coutumes propres à la tradition, en particulier étatique. Elle s’oppose donc par nature au communautarisme. Face à une conception ancienne de l’Etat et de la citoyenneté, face à une logique d’Etat nation imposant un unique modèle culturel, Elle cherche à faire correspondre les institutions étatiques aux demandes des citoyens.

 

 

L’intégration de droits spécifiques aux minorités est donc non seulement compatible avec les droits de la personne mais bien nécessaire pour garantir ceux-ci. Cela implique de dépasser le cadre de l’Etat-nation unitaire au profit d’une nouvelle conception de l’Etat et de la citoyenneté.

Cette évolution a déjà été entamée par la majorité des états d’Europe par la mise en place d’un fédéralisme multinational. On peut notamment citer les cas espagnol, belge ou britannique  avec la mise en place de droits spécifiques aux minorités nationales catalane, basque, galloise, écossaise ou flamande. Ces évolutions préfigurent l’avenir probable de l’Europe. En effet, avec la constitution progressive d’une union politique fédérale, les groupes formant des majorités nationales dans leur Etat vont devenir des minorités nationales d’un ensemble plus important. Elles chercheront donc à obtenir un statut leur permettant de protéger leurs spécificités au niveau européen.

 

La mise en place de cette nouvelle conception de l’Etat, de la citoyenneté et de la démocratie constitue aujourd’hui l’un des intérêts d’un projet politique nationaliste en Bretagne.

 

 

*Un simple exemple : Sans les invasions Vikings, l’Etat Breton et brittophone institué par Nevenoë se serait très probablement maintenu. Ce sont alors les haut-bretons gallaisants qui auraient été les victimes de la logique d’unification culturelle, et on parlerait certainement aujourd’hui Breton de Brest à Clisson. Ce qui bien sur n’aurait aucunement constitué un progrès par rapport à la situation actuelle du point de vue du processus de liberté culturelle.

 

 

 

 

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