Val Piriou (1963 - 1995) une « griffe bretonne » de Quimper à Tokyo

Publié le par In(ter)dépendant

http://www.labastidane.fr/blog/wp-content/uploads/2010/08/valpiriou-212x300.jpg“Le nouveau nom à retenir c’est Val Piriou. Une jeune femme de 27 ans, née en Bretagne (France) mais qui a vécu à Londres pendant 6 ans. Elle a fait débuter son défilé par un concert live d’un jazz band de la Nouvelle Orléans. Ces tenues sont si “ouvertes” qu’elles ressem blent davantage à des sous vêtements. Elle aime les surfaces texturées, les sequins en bois, et fait des robes avec des billes de bois telles que celles que les chauffeurs de taxis utilisent. Sur qu’on entendra parler d’elle” Bernadine Morris, New York Times, 16 oct. 1990.

 

Ma première rencontre avec l’œuvre de Val Piriou date d’il y a quelques années. Entré presque par hasard au musée bigouden de Pont l’Abbé, j’avais découvert entre les coiffes et les costumes du XIXe siècle une pièce pour le moins intriguante. Reprenant lignes et couleurs traditionnelles – noir et un orange énergique, presque violent – du costume des hommes bigouden,  une styliste avait conçu un modèle pour femme, dans un style à la fois classe et franchement surprenant. Son nom ? Val Piriou, bigoudène d’origine, 10 ans de carrière dans la haute couture avant de décéder de maladie en 1995, à tout juste 31 ans.

Le musée de Bretagne à Rennes a présenté cet été une rétrospective de l’œuvre de Val Piriou, reprenant des dizaines de pièces conçues entre 1985 et 1995. Au-delà de la solide présentation faite par Ouest-France sur le sujet, on peut noter rapidement l’enfance bigoudène dans une famille de professionnelles du vêtement, le passage par les Beaux-arts de Quimper et Rennes, l’émergence à Londres, les collections présentées à New York et Tokyo, l’attirance pour les « nouvelles matières » : vinyle, PVC, lycra, l’utilisation quasi systématique des fermetures éclairs marquées de sa signature en V, l’attirance plus générale  pour un certain style punk… mais aussi pour le style des vètements bretons du XIXe et du début du XXe  siècle ; les pièces portées par Mickael Jackson, Uma Thurmann ou Madonna. Quelques expo-val-piriou.giféléments pour caractériser une œuvre allant du très classe au bien délirant, alliant d’ailleurs bien souvent les deux, une œuvre à la fois originale, élégante et totalement dans l’ère de son temps ; comme l’illustrent ces  deux extraits du Guardian et de Fashion Week :

Sexy but never vulgar Val Piriou designer have made Gallic glamour (The Guardian, aout 1990)

Val Piriou is the wild card of the London Fashion week pack (Fashion Week, 9 octobre 1990)

Mes coups de cœurs parmi les pièces exposées à Rennes : les manteaux en vinyle inspirés des cabans, une veste entièrement constituée de paillettes de bois, un « kabig » en dentelle de corde, pas franchement utile à dire vrai mais d’une esthétique assez extraordinaire en mode « fantôme », la veste noire au col de (fausse) fourrure inspirée des capes portées entre les années 50 et 70, les vestes noires réhaussées du violent orange bigou den…. 

La visite de l’exposition donne lieu à une émotion curieuse, la bande son choisie était celle d’un chant traditionnel, qui finalement résonnait très bien avec l’œuvre contemporaine. On aimerait en savoir plus sur la démarche qui a poussé à ces créations, on se dit qu’il s’agit uniquement des prémisses d’une œuvre, de pièces réalisées à moins de 30 ans ; on se demande ce qu’aurait pu donner une carrière pleine et entière, de celle qui reste une des  artistes bretonnes les plus intéressantes de la fin du XXe siècle. Le dépliant de présentation ValPiriou4.jpgde l’exposition reprend à ce sujet une citation qui me paraît très appropriée. Tout art sincère  est national. Ses racines se réchauffent dans le sol natal et y puisent leur courage. Mais le tronc s’élève solitaire et là où la couronne déploie son feuillage, ce n’est plus le royaume de per sonne. [R. M. Rilke, journal florentin]. A quoi on peut rajouter. « C’est celui de l’universel. Ce qu’expriment ces collections sans pareil en Bretagne» (Pascal Aumasson, conservateur du Musée de Bretagne).

 

 

Notes : l’expression  "griffe bretonne" est en fait le titre de l’exposition de 1996 du musée de Quimper.

Quelques modèles sont présentés sur ce site (en plus de ceux accompagnant l'article d'OF).

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