Le point sur les élections législatives irlandaises.

Publié le par In(ter)dépendant

Quelques éléments sur des élections à quelques centaines de kilomètres de la Bretagne qui n’ont pourtant guère été évoquées par nos médias.

Le 25 février dernier ont eu lieu les élections au Dáil Éireann, la chambre basse du parlement irlandais. Ces élections anticipées, causées par le départ des Verts de la coalition gouvernementale, se déroulaient dans le contexte de la crise financière qui a frappé l’Irlande et du plan de « sauvetage » drastique négocié par le gouvernement sortant avec le FMI et les institutions internationales. Le premier ministre sortant Brian Cowen et son parti le Fianna Fail, jugés responsables, étaient donnés perdant puissance 10 par tous les sondages. Et ça n’a pas raté….

 

Qui perd ? Le Fianna Fail (centre-droit) se prend donc une véritable claque, obtenant à peine 17% des suffrages et passant de 78 députés (sur 166) à … 20, soit le plus mauvais score de son histoire. Il entraîne dans sa chute son partenaire de coalition, à savoir le parti Vert qui perd ses six députés sortants. Quitter le gouvernement à la 25ème heure n’aura donc servi à rien aux écologistes.

finegael.jpgQui gagne ? Le Fine Gael devient le premier parti d’Irlande avec plus de 36% des voix et 76 députés (+25). Egalement de centre-droit, et aux différences idéologiques avec leurs prédécesseurs tenant sur une feuille de papier à cigarettes, ils ont fait campagne sur la renégociation du plan drastique de sauvetage financier de l’Irlande, accusant le Fianna Fail d’avoir véritablement vendu le pays. Le Labour Party (centre-gauche) est second avec quasiment 20% des voix et 37 sièges (+20). La gauche nationaliste irlandaise du Sinn Fein effleure les 10%, passe de 4 à 13 sièges et réussit le parachutage de son leader historique Gerry Adams, jusqu’ici élu en Irlande du Nord (j’y reviendrais).Enfin l’extrême gauche (qui ne comptait jusque là aucun élu) remporte 4 sièges. Pour la petite histoire, parmi les 15 candidats indépendants élus, on trouve un militant historique de la légalisation du cannabis, Luke "Ming" Flanagan. 

Le Fine Gael va donc gouverner, probablement en coalition avec les travaillistes. On peut trouver sur la site de la fondation Robert Schuman une analyse intéressante du scrutin (basée sur des résultats pas tout à fait complet cependant, les derniers chiffres se trouvent ici ). A noter par ailleurs que « La Commission européenne a insisté samedi soir sur la nécessité pour le prochain gouvernement irlandais issu des élections de mettre en œuvre les promesses faites pour réduire son déficit budgétaire, sans faire référence à une renégociation du plan de sauvetage » (source : alter-mondes).

 

Quelles perspectives pour le Sinn Fein ?

sf.jpgUn point me paraît intéressant à observer de plus prêt : c’est la montée du Sinn Fein, la gauche nationaliste, seul parti présent à la fois en Irlande du Sud et du Nord.

Le groupe parlementaire du Sinn Fein passe donc de 4 à 13 élus ; des élus non seulement dans leurs fiefs électoraux traditionnels à la frontière, liés à la lutte pour la réunification irlandaise (5 élus entre Donegal, Sligo, Louth et Cavan-Monaghan), mais aussi, et c’est nouveau avec cette ampleur, dans les grandes agglomérations ancrées à gauche (4 élus à Dublin, deux à Cork), voir dans des circonscriptions plus rurales et jusque la peu favorables aux thèses du parti (Kerry, Meath West, Laois-Offaly, le candidat du SF à Wicklow ratant par ailleurs l’élection de seulement une petite centaine de voix). [on peut retrouver sur wikipedia les résultats par circonscription ]

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Ce succès s’inscrit dans une mutation à long terme du parti, suite à la paix en Irlande du Nord et sa mainmise désormais actée coté nord de la frontière sur le vote nationaliste/catholique. Cette évolution s’observe d’abord au plan des thématiques mises en avant : Plus que le parti de la lutte anti-britannique, le SF se présente désormais comme la gauche républicaine anti-capitaliste, anti-européenne, proche de Die Linke ou du front de gauche. Elle s’observe ensuite sur la stratégie, à savoir désormais s’implanter de façon durable dans le Sud, en dehors de ses fiefs frontaliers liés à la lutte nord irlandaise. Dans ce cadre, le parti a connu un premier succès marquant en 1997 avec l’élection d’un de ses membres au parlement du sud (il en était absent depuis 1957), puis un second  en 2004 avec l’élection de Mary Lou McDonald comme députée européenne de Dublin. Bien aidé par la crise, le Sinn Fein franchit aujourd’hui avec ses 14 élus une nouvelle étape, dont le symbole le plus important est l’abandon par Gerry Adams de son siège au parlement britannique pour  une élection du parlement d’Irlande du Sud., qu’il remporte haut la main. Le président et la vice-présidente du SF (en photo ci-dessus) sont désormais élus en Irlande du Sud, symbole de l’évolution du parti en quelques années.

Ce succès constitue-t-il une étape de plus vers la réunification irlandaise ? Evidemment, le développement du Sinn Fein ne peut pas faire de mal. Néanmoins, autant le parti a désormais au Nord une habitude de l’exercice du pouvoir, autant il reste au Sud un parti protestataire, vu comme populiste et largement en décalage avec la culture politique dominante située au centre centre-droit. On le voit mal arriver aux affaires dans les prochaines années.

Il reste désormais à voir si cette implantation au Sud va prendre à long terme, au-delà de la conjoncture particulière de cette élection. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais la poursuite de la crise économique en Irlande va clairement bien aider le Sinn Fein.

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