Hommage à la Catalogne

Publié le par Kevin

Pour les personnes qui ne connaissent pas, Georges Orwell est l’auteur du génial 1984, roman d’anticipation qui décrit une société totalitaire dirigée par l’invisible et omniprésent Big brother. A la lecture de ce livre il y a un certain temps maintenant, J’avais imaginé, sans trop me poser de questions, que George Orwell se tenait éloigné des extrémismes de droite comme de gauche. C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai lu son ouvrage autobiographique « hommage à la Catalogne ». J’ai pas été déçu.

hommage

 

Sur le contenu du livre :  Orwell raconte l’expérience de son engagement dans la guerre d’Espagne, comme membre des milices du POUM (Parti Ouvrier d’unification marxiste) sur le front d’Aragon, et à Barcelone notamment durant le violent conflit entre anarchistes et communistes [1]. Blessé ensuite sur le front, il assiste à Barcelone à l’illégalisation du POUM et l’arrestation de la plupart de ses membres par le pouvoir communiste. Lui-même n’échappe que de peu à l’arrestation pour parvenir à quitter la Catalogne et retourner en Angleterre.

 

S’il est moins connu que Pour qui sonne le glas d’Hemingway et surtout l’Espoir de Malraux, Hommage à la Catalogne est pourtant au moins aussi important à lire pour qui veut comprendre la guerre d’Espagne, en particulier côté républicain. Loin de l’angélisme du roman de Malraux dépeignant les braves républicains unis face à la menace fasciste et comprenant des scènes d’anthologie (les échanges d’insultes entre gares le premier soir de la révolte !), il semble pourtant donner un meilleur aperçu de la réalité du conflit, par un militant de la base. S’il remet els idées en place sur els agissements de différentes tendances politiques, il met également en avant la grandeur d’âme de certains et la solidarité réelle de la majorité face à Franco. En dépit d’une certaine désillusion, on ne sort pas aigri de la lecture de cet ouvrage, au final très émouvant.

 

 

On dit souvent que c’est la participation à ces évènements qui aurait engagé Orwell sur la voie de 1984. On peut effectivement facilement imaginer que la vision de la destruction violente par les communistes des tendances politiques concurrentes en Catalogne, ainsi que l’utilisation intensive de la propagande pour  véritablement détruire leur mémoire, l’a durablement marqué. Cela se retrouve par endroit dans le livre : il compare ainsi la police politique espagnole qui pourchasse tous les simples militants du POUM à la Guépéou et à la Gestapo. Il affirme clairement que s’il a réussi avec sa femme à s’échapper du pays, c’est uniquement en raison de l’incompétence policière et du chaos ambiant.

En parallèle, il affirme cependant toujours la nécessité de se battre contre Franco et de faire triompher la république... même s'il ne se fait aucune illusion sur la nature du régime qui ressortirait d'une victoire d'un régime républicain peu à peu dévoyé durant la guerre.  Après la fin du conflit, on le retrouve toujours engagé dans des organisations orientées à l’ultra gauche.

 

Au final, l’auteur avec ses ambiguïtés renvoie à la question de la définition du totalitarisme et de la comparaison entre stalinisme et fascisme, déjà maintes fois développée (Arendt, etc). L’intérêt à travers Hommage à la Catalogne est de disposer d’un témoignage de première main sur un épisode peu connu, et par quelqu’un qui n’avait pas pour objectif de produire un ouvrage de propagande. A lire !

 

Un article très intéressant sur Orwell


[1]Au début de la guerre d’Espagne, trois grandes tendances politiques coexistent en Catalogne : Le PSUC – Parti Socialiste unifié de Catalogne et la centrale syndicale UGT (Union générale des travailleurs) tenu par les communistes staliniens, La fédération anarchiste ibérique et la centrale syndicale CNT, et enfin le POUM, communiste anti-staliniste. Anarchistes et POUM ont en commun de vouloir faire progresser la révolution immédiatement (collectivisations entre autres) et de vouloir lier révolution et conduite de la guerre. Les communistes officiels, eux, refusent la poursuite de la révolution. Le conflit entre ces deux visions s’accroît peu à peu, en particulier en Catalogne ou les anarchistes et, « poumistes » sont particulièrement puissants, pour aboutir finalement au conflit armé et à la répression.


 

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