France Nature Environnement : une campagne qui pose question

Publié le par In(ter)dépendant

Cela fait le buzz depuis quelques jours : la campagne de la fédération France Nature Environnement pour attirer l’attention à quelques jours du salon de l’agriculture a provoqué la fureur de nombreuses organisations et personnalités bretonnes. En cause, une affiche (sur six en tout affichées dans le métro parisien) qui rappelle de façon brutale le problème des algues vertes et de la pollution des eaux.

Le comité régional du tourisme - Bretagne a ainsi demandé avec succès la suspension de cette affiche. De son côté, la FNSEA parle de « campagne caricaturale et clairement orientée contre l'agriculture » alors que l’association Eaux et rivières de Bretagne, pourtant membre de la fédération FNE, a regretté l’absence de concertation avec les acteurs locaux avant la parution. Au niveau purement politique, aussi bien la droite (le député Marc le Fur notamment) que la gauche (JY Le Drian) bretonne ont violemment réagi. Seul Europe Ecologie soutient cette campagne, avec toutefois des nuances, comme l’illustre cette prise de position de Yannick Bigouin.

  La-campagne-de-France-nature-environnement scalewidth 630

 

Cette campagne et les réactions qu’elle suscite en Bretagne posent deux types de questions importantes.

 

Tout d’abord, faut-il privilégier court terme ou long terme ?  FNE a  tapé la ou cela fait le plus mal. Cette année, l’image déplorable véhiculée par cette campagne risque fort de faire du mal au tourisme comme à l’agroalimentaire breton. Cela risque aussi, - et c’est très regrettable - de compliquer le dialogue entre agriculteurs et associations environnementales alors qu’il y a certaines avancées.  On peut reprocher à FNE son manque de contact avec la base, la vision centraliste et l’image caricaturale de la Bretagne sous entendues par cette affiche ; et finalement l’énorme maladresse qu’elle constitue.

En revanche, sur le principe on ne peut pas leur reprocher de maintenir la pression. Ce n’est pas FNE qui compromet l’image de la Bretagne, ce sont les politiques qui ont abouti à la pollution globale et au développement des algues vertes. On touche à des enjeux environnementaux et économiques de long terme fondamentaux pour la société bretonne. Au-delà des questions d’image, ces problèmes ont aussi de grosses conséquences à long terme sur l’industrie touristique, agro-alimentaire, ou encore sur la qualité de vie et la santé des bretons. En ce sens, remettre le sujet environnemental au centre du débat est toujours utile. Ce n’est pas en désignant un bouc émissaire bien pratique parce que parisien et en cassant le thermomètre que l’on peut résoudre le problème de fond. A l’inverse, le danger est que la polémique orchestrée par le politique serve à évacuer les problèmes environnementaux de fond qui, même si certaines choses avancent dans le bon sens, sont très loin d’être résolus.

 

Le second problème posé est celui des niveaux de décision/gouvernance. A travers cette campagne, on a un cas d’école ou la Bretagne devient otage d’enjeux plus globaux. FNE a utilisé l’image des algues vertes, de même que d’autres exemples de pollution, afin de faire pression au moment du salon de l’agriculture. L’organisation n’accorde visiblement aucune importance aux spécificités de la Bretagne, et si les algues vertes s’étaient trouvées sur la Côte d’Azur le résultat pour FNE eu été exactement le même. Ceci dit, ce n’est pas la Bretagne que vise FNE. Ce sont les politiques environnementales lamentables qui ont été menées dans tout l’hexagone – et notamment en Bretagne - par les politiques aussi bien hexagonaux que locaux.

La Bretagne n’est absolument pas une cible mais une « victime collatérale ». En ce sens, le discours victimaire des grands politiques bretons est totalement décalé. Les élus bretons UMP et PS se retrouvent ici face à leurs contradictions : ils hurlent que la Bretagne est victime de cette campagne venue de Paris, mais que font-ils au quotidien pour donner à la Bretagne la maîtrise de son destin ? Rien. Que font-ils par ailleurs pour la protection de l’environnement en Bretagne ? Souvent guère plus. Certains aggravent même la situation, entre extensions de porcheries (Marc Le Fur a par exemple déposé, en juillet, un amendement  relevant les seuils d'autorisation pour l'agrandissement des élevages porcins) ou dans un autre genre soutien à la destruction des terres agricoles (cf par exemple cet article et son complément récemment parus dans le Télégramme).

 

Si mettre le sujet environnemental au centre du débat est toujours utile, on peut encore une fois regretter la forme de cette campagne incendiaire et ses conséquences à court terme.  Comme le dit Yannick Bigouin, la violence ne produit que de la violence. D’autant plus ici que cela ne fait jamais plaisir de se faire attaquer de l’extérieur. Ce qui parait cependant le plus dangereux,  c’est l’action des politiciens des mouvements majoritaires qui profitent de cette occasion pour retourner la situation et s’exonérer de leurs responsabilités dans la situation actuelle en Bretagne. Ils contribuent ainsi à nourrir la polémique et pourrir encore plus le dialogue entre les différents acteurs. A l’inverse, une position responsable serait d’essayer d’en sortir par le haut, de débattre sur les façons de prendre de façon responsable notre destin en main pour résoudre les problèmes environnementaux bien réels de la Bretagne.

Publié dans Environnement

Commenter cet article