Eloge de la modération

Publié le par In(ter)dépendant

Petit billet d’humeur en cette froideur de décembre…

 

moderation.jpgEn ces temps troublés, entre crise bancaire, tentatives de décrédibiliser l’UE, « réforme » des retraites, actions débridées du gouvernement français, manifestations à répétition, haro sur les roms et autres paranoïa sécuritaire, j’en passe et des meilleures, cela peut sembler paradoxal de parler de modération.

Et pourtant… des affrontements pour aboutir à quel résultat ? Parfois un « gagnant » dont on se demande encore ce qu’il a gagné au final. Mais surtout la société qui perd dans son ensemble. Des extrêmes de tous bords qui sortent renforcés (dernier exemple en date à Rennes, ou encore en Suisse), des modérés de moins en moins audibles, y compris au sein des partis politiques aujourd’hui majoritaires. Et une situation qui incite à la surenchère à tous les niveaux. Face à ces excès et ces blocages en tout genre, face à la décrédibilisation globale du politique, la solution de facilité, c’est souvent de sortir la hache : hurler sur internet, descendre dans la rue [1], voir tout casser, passer en force au parlement, attaquer ses rivaux politiques au plan personnel… ca défoule et ca rapporte souvent au moins à court terme. Crachez sur vos adversaires, il en restera toujours quelquechose !

Et on finit par aboutir à une société totalement bloquée. Indépendamment de la responsabilité de telle ou telle personne, camp ou parti politique sur un sujet, c’est surtout un problème de fonctionnement global, une société de la défiance.

La société que j’aimerai voir se construire en Bretagne sera basée sur le dialogue et la recherche du consensus. Il y a toujours des tensions, qui peuvent d’ailleurs être positive et faire avancer, mais il y a des façons de les gérer et de les valoriser. Peut-être est-ce très naïf comme vision. Si c’est le cas, j’assume totalement et je me dis que notre société aurait besoin d’un peu plus de naïveté. Cette logique de dialogue va aussi en lien avec celle du civisme à tous les niveaux. Pour revenir au problème spécifique des retraites, voici un article très intéressant sur le modèle danois mis en place par les sociaux-démocrates, et aujourd’hui cité comme modèle. La conclusion : dans la société français actuelle, un tel modèle est quasiment impossible à mettre en place car il repose sur un civisme qu’on ne retrouve pas. Tout n’est pas parfait pour autant dans les sociétés scandinaves, il y a peut-être un peu trop d’ordre et d’autodiscipline, et de toute façon on ne peut pas importer un modèle de société de toute pièce. Pour autant, il y a tout de même un modèle dont les bretons peuvent s’inspirer, en se basant sur des valeurs collectives fortes qui nous sont propres.

Du point de vue des partis, je me demande quelle crédibilité  a le politique lorsqu’il donne également dans ces conflits, que ce soit entre partis ou à l’intérieur de chaque formation. Si on veut acquérir une culture de gouvernement et afficher une crédibilité, le premier pas c’est de montrer un esprit d’équipe, et de rassembler autour de valeurs et de consensus clairs plutôt que de rester dans un non-dit destructeur et accepter tout et n’importe quoi. Ce serait une première étape si on a la prétention de solutionner les blocages actuels.  

Ce billet peut paraître paradoxal venant de quelqu’un de définissant comme nationaliste. Et effectivement ma vision de la Bretagne constitue sur beaucoup de points une rupture avec le système actuel. Mais pour y arriver, la démarche c’est de construire un projet crédible et de rassembler autour, pas de « monter » en rabaissant le voisin ; pas non plus de faire la révolution, mais de réformer petite touche par petite touche, du quotidien le plus immédiat aux sujets les plus structurels.


  A suivre !

 

[1] Entendons nous bien : faire grève et manifester, c’est parfois positif ou en tout cas nécessaire (cf aujourd’hui à Notre-Dame des Landes par exemple). Mais quand ça devient le mode de règlement systématique des questions politiques (qu’elle qu’en soit la cause !), il y a un problème.

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