Gwen ha ruz?

Publié le par Kevin

J’ai rencontré ce week-end, un peu par hasard, un ancien militant vert et assistant parlementaire de Noel Mamère, aujourd’hui membre du Modem. Pourquoi il a changé de parti ? Pour lui, une partie des membres et de l’électorat du Modem vient de la droite humaniste. Hors, cette droite humaniste est absolument nécessaire pour parvenir à une majorité capable de stopper la politique profondément anti-humaniste menée par Nicolas Sarkozy. Il milite donc pour une entente rose-orange-verte dans l’hexagone.

 

Il existe plusieurs familles politiques assez proches du centre : sociaux démocrates, démocrates, démocrates-chrétiens, libéraux-démocrates, écologistes modérés (écolos - démocrates ?). Les liens entre ces différentes familles sont plus ou moins poreux. En Bretagne par exemple, le PS est devenu majoritaire en captant l’héritage politique démocrate-chrétien traditionnel.

Ces familles politiques sont liées par un certain nombre de valeurs communes : parlementarisme, construction européenne, solidarité, consensus en faveur d’une économie de marché régulée, depuis peu sensibilité écologique notamment.

 

Il existe une véritable cohérence idéologique de la famille démocrate réformatrice. Sur tous ces points, des sociaux démocrates seront bien plus proches de démocrates chrétiens que de l’extrême gauche. De la même manière, si on ne peut comparer les projets portés par l’ultra-gauche et l’ultra droite, force est de reconnaître qu’un certain nombre de points ne se retrouvent que dans ces familles politiques, en particulier la nécessité d’un Etat fort, l’anticapitalisme (à nuancer toutefois pour l’extrême droite) et un certain flou sur l’utilisation de la violence en politique (voir pas de flou du tout dans certains cas…). Extrème gauche et droite se retrouvent également, entre autres, sur le refus de l'Europe politique.

 

Une alliance gauche / droite sans cohérence pour gouverner une collectivité n’est pas forcément une bonne idée. Lorsque cette alliance se fait par défaut, du fait d’un défaut de majorité claire au parlement ou d’une forte présence des extrêmes, elle peut ne rien résoudre voir être vecteur de crise. Ni les électeurs de gauche ni ceux du centre, ni ceux de droite ne sont satisfait, on aboutit à de nouvelles élections ou les partis en coalition subissent une défaite, les extrêmes gagnent du terrain et la même coalition revient par défaut au pouvoir, mais encore plus fragilisée. C’est par exemple ce qui s’est passé en Autriche ces dernières années avec la montée de l’extrême droite aux alentours de 30% des voix.

Toutefois, lorsqu’il s’agit d’une entente de mouvements globalement plus proches du centre que des extrêmes, autour de valeurs clairement identifiées, l’effet peut-être probant. Le fonctionnement du parlement européen est ici révélateur : il ne fonctionne pas dans un unique système gauche – droite mais selon une logique transversale qui oblige à une politique de consensus et la recherche d’une nouvelle majorité à chaque vote. Le résultat c’est par exemple le vote très fort qui a condamné la loi HADOPI il y a quelques mois. A un niveau plus local, de nombreuses collectivités fonctionnent également sur ce principe de consensus au centre. Une entente "démocrate" aboutira par nature à moins de contradiction internes et d'avantagesde débats sur des nuances qu'une entente gauche ou droite plurielle.

 

L’axe gauche - droite fait encore sens et contribue à structurer la vie politique. Le considérer comme l’alpha et l’oméga et refuser toute vision transversale comme le font des partis conservateurs, à gauche comme à droite, c’est cependant s’enfermer dans une vision réductrice de la politique et se condamner à ne pas pouvoir traiter sereinement, et de façon claire vis-à-vis des électeurs, toutes les questions transversales. Au premier rang desquels la construction européenne.

 

Légende : contrairement aux idées reçues comme quoi il n'est jamais qu'un mélange infame de blanc et de rouge, le rosé peut-être un vin de grande qualité qui nécessite cependant un vigneron de grande compétence pour donner le meilleur de lui-même.

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