De l'enseignement des langues en France

Publié le par Kevin

Encore une fois, mais ca devient une habitude, un excellent article vient de paraître sur le site du Taurillon. Peter Fletcher, professeur agrégé des langues et enseignant à l’Université Grenoble 1, y décortique les problèmes du système d’enseignement des langues dans l’hexagone.

 

L’article se trouve ici :
http://www.taurillon.org/L-enseignement-des-langues-vivantes-en-France

 

Globalement, je partage tout à fait le constat qui est dressé. Etant parti moi-même en Erasmus, je reconnais tout à fait les problèmes rencontrés par les victimes du système d’éducation français… moi le premier. Evidemment, une fois qu’on y est, on apprend sur le tas ; N’empêche que. C’est aussi en Finlande que j’ai eu pour la première fois de ma vie l’impression d‘avoir de véritables cours d’anglais. Au menu, quasi uniquement de l’oral, pas un mot de finnois pendant trois heures, et une succession d’exercices, de sortes de jeux qui vous font parler quasi en continu. Ca change !

Néanmoins, l’auteur n’a probablement pas accordé assez d’importance à l’une des causes qu’il invoque : le problème idéologique. Il résume cela à un rejet de la langue anglaise vue comme hégémonique. Mais le problème va bien au-dela de ça.

On développe l’idée implicite que le français constitue la plus belle langue du monde, et que l’apprentissage d’une autre langue est difficile et la plupart du temps inutile. L’anglais étant devenu langue internationale, ce sont maintenant les arguments de type défense de la diversité culturelle qui sont invoqués pour privilégier l’emploi du français. Le problème c’est qu’ils aboutissent à une logique de repli identitaire, une logique de rejet de l’autre disons-le franchement, assez malsaine, et qui bien évidemment se heurte à la réalité du monde professionnel ou l’anglais est dans bien des cas indispensable. En parallèle, la France mène la politique la plus intolérante d’Europe vis-à-vis des langues minoritaires de l’hexagone. Le constat est bien connu : refus de toute utilisation dans la vie publique, refus d’ouvertures d’écoles bilingues, etc. Il aboutit d’ailleurs régulièrement à des critiques et des recommandations de la part des institutions européennes voir de l’ONU, la dernière en date étant le rapport McDougall :

http://www.contreculture.org/ONU_RapportMacDougall-030308.pdf
" Les membres des communautés minoritaires (Nd : autochtones ou immigrées) témoignent fréquemment de la frustration qu'ils ressentent en constatant qu'il ne suffit pas de devenir citoyen français pour être pleinement accepté par le reste de la société. Ils ont le sentiment que la condition de l'acceptation n'est rien moins que l'assimilation totale. Il leur semble qu'à cause d'une vision rigide de l'identité nationale française, ils ont dû rejeter des aspects essentiels de leur propre identité. "

 

Se dessine ainsi le portrait d’une société qui se veut ou que l’on veut monolingue francophone, repliée sur une identité nationale exclusive, fermée à l’Europe comme aux minorités culturelles. L'identité française ne supporte pas de concurrence.

Heureusement, ce modèle craque un peu plus chaque jour.

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Phil Cumberbatch 09/04/2013 11:11

Je suis globalement d'acccord avec vous. Cependant l'idée d'identité nationale me fait un peu tiquer. En France il existe DES identités malgré la volonté de la caste des penseurs Parisiens. Il y a
donc plusieurs "langues" françaises.