L'Etat doit-il être neutre en matière culturelle? (2)

Publié le par Kevin

Je trouve cet article  intéressant à plusieurs titres, et cette théorie plutôt séduisante ; à un niveau elle discrédite complètement la pertinence de l’engagement dans un parti politique exprimant un nationalisme minoritaire. A un autre, elle le rend à nouveau légitime, mais par défaut. C’est ce qu’on peut faire de moins pire dans un contexte ou l’état intervient de manière forte et, disons le clairement, de façon anti-démocratique au niveau culturel. C’est la seule forme de pression, la contre-attaque que l’on puisse utiliser pour tenter de provoquer un compromis, faire prendre conscience de l’immense bêtise que constitue l’implication de l’état au niveau culturel. Le risque, bien sur est « d’y croire » et ainsi de chercher à reproduire un modèle plus ou moins équivalent au niveau ou la minorité constitue une majorité, comme cela se passe apparemment dans certains territoires. C’est l’erreur que fait probablement une majorité de personnes au sein de l’Emsav actuel - compris au sens le plus large -.

 

Tout engagement raisonné dans un parti dit Breton est-il alors un simple engagement par défaut, qui n’aurait plus de justification si l’Etat modifie sa logique en matière culturelle ? Non !

Dans mon cas, c’est un engagement en faveur d’un projet d’équilibre, un engagement fondamentalement libéral (au sens politique du terme, dont la finalité est la défense des droits individuels donc), fait au niveau breton parce que c’est dans ce territoire que je me reconnaît. Il aurait très bien pu se faire dans un parti agissant au niveau hexagonal si je m’y était reconnu, l’important n’est pas la.

Ensuite, il y a d’autres points, évidemment. Dans un contexte ou même a minima (si on prend l’hypothèse de Weinstock), l’état intervient par nature en matière identitaire, il faut tenter d’équilibrer au maximum les niveaux de pouvoir, local, breton, européen. Et enfin parce que nombre d’habitants de la Bretagne se reconnaissent dans le niveau breton ; en vertu du principe selon lequel la division politique doit correspondre au territoire vécu, l’échelon breton se doit d’être reconnu politiquement.

Ces raisons sont imparfaitement définies - il faudrait bien plus d'un article de blog pour cela - et même dans une certaine mesure contradictoires. Je suis à la foi attaché à la préservation de la diversité culturelle, même grâce à l’aide de l’Etat, et attaché à un idéal de laisser-faire total vis-à-vis de l’individu.

Plus ou s’instruit sur un sujet, moins on a l’impression d’en savoir, et moins on peut adopter une position tranchée…                                  

 

Je termine sur une dernière idée : que la notion de minorité dépasse largement le cadre des minorités nationales, mais englobe toutes les dimensions d’identités partagées. Ne prendre en compte que la dimension nationale, C’est rater le fond du problème. Car si la culture, langue a droit de cité dans la politique et l’Etat, pourquoi la religion par exemple ne l’aurait t’elle pas ?

C’est la toute l’imposture du modèle étatique français. Il se veut et se présente comme un modèle universaliste qui refuse de promouvoir une identité (religieuse par exemple) au dépend d’une autre. Sauf  que dans un secteur précis, celui de l’identité culturelle, ce système se voulant universaliste a mis en place sur le temps long la politique la plus coercitive et nationaliste d’Europe.

Ne prendre en compte que la dimension nationale/culturelle dans la définition de minorité revient à reproduire le même genre de schéma à l’échelon inférieur. Alors, prend-on en compte toutes les identités ou aucune, autant que possible ? Sachant que dans tous les cas la prise en compte sera imparfaite (impossibilité de prendre en compte tous les groupes, impossibilité d’une neutralité absolue de l’Etat), doit-on tendre vers le « tout » ou le « rien » ?

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