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Un article coup de cœur sur deux projets collectifs autour de la scuplture.
Le projet Krommlec’h a pour objectif l’édification d’un…. Krommlec’h, spirale composée de 12 piliers dont chacun constituera une œuvre d’art représentant une des figures de la culture bretonne du XXème siècle : Angela Duval, Per Guillou, Manu Kerjean, Etienne Rivoalan, Per Jakez Helias, Per Poher, Jean-Claude Jégat, Paolig Monjarret, les soeurs Goadec, Xavier Grall, Jude Le Paboul et Glenmor.
Ce projet porté depuis plusieurs années avait donné lieu la réalisation de facs-similés grandeurs nature en mousse rigide, exposés notamment lors des printemps de Chateauneuf pour recueillir des fonds : et pour cause, un seul des 12 blocs couterait au bas mot dans les 15 000 euros.
Le Krommlec’h sera édifié sur le site du Belvédère à Rosnoen près de Chateaulin. La réalisations des premières sculptures devrait débuter rapidement.
Après la Cornouaille, direction Saint-Paul de Léon et le projet de « Vallée des Saints ». Celui-ci a pour objectif à terme la création de « statues/menhirs » en granit représentant tous les saints Bretons.
Les sept première statues représenteront les 7 saints fondateurs de la Bretagne : Tugdual, Paul-Aurélien, Brieuc, Malo, Corentin, Samson et Patern. Sculptées courant juillet, elles doivent être érigées près de la cathédrale de Saint-Pol le samedi 1er aout. Elles rejoindront ensuite la vallée des Saints proprement dite dont l'emplacement sera déterminé courant septembre. De nombreuses communes sont candidates pour accueillir le projet : notamment Priziac, Saint-Paul de Léon, Carnoet, Landudal, Santec, Pontivy, Belle-Ile-en-Terre… et Carhaix qui à en croire le Télégramme semblerait pour le moment la mieux placée.
Ces deux projets liant création et patrimoine sont particulièrement intéressants à de nombreux points de vue :
- Porteur de l’Histoire des lieux, s’adressant à un public local qui n’a par ailleurs que très peu accès à l’Histoire de Bretagne, ils ont également un potentiel pour constituer de véritables locomotives touristiques à l’échelle de la Bretagne.
- Les deux démarches lient véritablement patrimoine culturel et création contemporaine sans que les deux aspects ne soient simplement plaqués l’un sur l’autre, uniquement pour l’image, comme c’est trop souvent le cas.
- Dans les deux cas, il s’agit également de promouvoir l’industrie et l’artisanat breton. L’industrie du granit qui est ici valorisée représente plus de 1500 emplois menacés par la concurrence en particulier chinoise. Dans le contexte que nous connaissons, valoriser le patrimoine non dans une optique purement touristique mais également afin de promouvoir la création de richesses au niveau local est particulièrement appréciable.
- Enfin, il s’agit de projets d’envergure émanant de la société civile et non des collectivités. La culture, c’est avant tout les citoyens, non l’Etat !
Les journées du patrimoine, programmée le week-end du 21 septembre, auront cette année tenu toutes leurs promesses dans le territoire de Belfort. C'est en effet un véritable monument historique qui s'y est fait élire sénateur ce dimanche. Jean-Pierre Chevènement, figure des ultra-nationalistes français de gauche du MRC, donné fini après sa nouvelle défaite aux législatives de 2007, a trouvé la un moyen de se recycler en passant outre à la loi cruelle de la démocratie directe. Ancien ministre, M. Chevènement a toujours refusé toute évolution des institutions locales vers plus de démocratie et d’efficacité (on peut rappeler que la loi Chevènement de 1999 concernant la coopération intercommunale avait pour principal objectif de torpiller la loi Voynet, votée quelques mois plutôt, qui renforçait région et pays au détriment des départements et communautés de communes). Il a également toujours refusé tout droits pour les cultures et les langues minoritaires de l’hexagone au nom de l’égalité dite républicaine.
M. Chevènement devrait être à son aise au sein d’une institution qui semble globalement aussi rétrograde que lui. On se rappelle l’opposition claire du sénat à l’inscription des langues dites régionales au sein de la constitution française. Au-dela de ce point, le sénat constitue le parfait symbole de l’archaisme des institutions françaises et est irréformable. Michel Urvoy résume parfaitement le problème dans l’éditorial de Ouest-France du 22 septembre. « Il suffit pour gâcher pas mal de soutiens [ND : à l’élection] de réclamer une dose de proportionnelle afin de mettre fin à l’anomalie démocratique que dénonçait Lionel Jospin. Il suffit de prétendre éliminer quelques strates coûteuses dans le millefeuille des collectivités locales pour inquiéter les élus départementaux qui votent pour vous. […] Il suffit, pour perdre des voix, de prôner une éthique ramenant le sénat à un train de vie décent et contrôlé par la cour des comptes. Il suffit, pour se fâcher avec ses pairs, de sanctionner l’absentéisme –dont un tiers s’accommode- ou de réformer leur généreux régime de retraite… ». Comme le souligne Michel Urvoy, on vote rarement contre ses propres intérêts.
Comment résumer l’action et l’état d’esprit au sénat ? Il suffit une nouvelle fois d’ouvrir Ouest-France (21/09/08)
et le mini-portrait consacré à Christian Poncelet, président pour encore quelques jours de l’institution. « Soupçonné de malversation
dan
s les marchés publics, Poncelet s’est surtout occupé de la vitrine (musée,
expositions, colloques) et de son insolent train de vie. Une de ses phrases mémorables : « Ne buvez jamais de café au déjeuner, ça vous tient éveillé tout
l’après-midi » ».
Rappelons que le sénat joue un rôle clef dans toute réforme de la constitution. Entre des personnalités aussi conservatrices que MM. Chevènement ou Mélanchon et un tel mélange de je-m’en-foutisme et d’unique préoccupation pour ses intérêts personnels, peut-on encore croire la France réformable ?
[illustration: JP Chevènement entarté. le nouveau sénateur est l'une des rares personnalités à avoir porté plainte suite à un entartage]
(… et sur la vision qu’en a le mouvement Breton).
L’idée de cet article m’a été donnée par une discussion sur le blog de Gael Briand, en partant du 14 juillet, sur les rapports entre Etat et nation et sur la nature de la construction nationale française.
Pour accéder au débat initial :
http://lapolitiqueduchacal.over-blog.com/article-21190537-6.html#comment29459563
J'ai trouvé celui-ci intéressant à double titre: outre le sujet premier, il montre la façon dont le modèle français est vu au sein
de l'Emsav, et les différents modes de critiques qui peuvent être apportés.
Une des idées développées était qu’en France, la façon dont l’Etat et l’identité nationale se sont mis en place est exceptionnelle. Dans le reste de l’Europe, la nation aurait existé avant l’Etat, et l’Etat aurait résulté de la volonté nationale, de celle des citoyens. En France, à l’inverse c’est l’Etat, construit à partir du haut qui aurait existé avant la nation, et qui aurait construit la nation française à partir de rien et en laminant au passage les nations minoritaires présentes sur son territoire.
Je ne partage absolument pas cette vision de l’Histoire de la France qui consiste à présenter comme exceptionnelle et hors-normes (au sens premier) sa construction nationale. L’Histoire de la construction de la nation française est la même, et surtout ni plus ni moins artificielle que celle de la plupart des autres Etats de l’Europe de l’Ouest. Trois exemples assez évidents peuvent être pris pour illustrer la chose.
L’Etat espagnol tout d’abord a tenté sur le long terme de mettre en place exactement la même construction nationale étatique et de détruire les minorités culturelles de son territoire. Le processus n’a jamais pu être mené très loin pour différentes raisons ; Une crise économique globale a débuté dès le XVIIème siècle, a débouché sur de graves problèmes politiques (guerre de succession d’Espagne vers 1700). Aux XVIIIème et XIXème siècles, l’Etat espagnol, très affaibli, est bien incapable de mettre une telle politique de construction nationale. La dernière tentative en ce sens vient du régime dictatorial de Franco qui interdit toute expression aux minorités. Sa chute achève de discréditer l’idéologie centraliste en Espagne. Même si aujourd’hui encore certains courants politiques, en particulier au sein du Parti Populaire (droite dite modérée) mènent un combat d’arrière garde, cette Espagne a définitivement disparue.
Le Royaume-Uni a également à une époque tenté de construire un Etat unitaire, notamment en imposant une administration normalisée au pays de Galles aux alentours du XIVème-XVème siècle. Mais l’Etat et le souverain ne sont jamais réellement parvenus à imposer leur pouvoir face aux contre-pouvoirs que sont les grands féodaux et le parlement. Une tradition de résistance au pouvoir royal s’est imposée très tôt avec l’Habeas Corpus. La Glorieuse Révolution a mis un terme à toute tentative de construction d’un Etat monarchique fort. Grâce aux contre-pouvoirs, une logique d’évolution démocratique s’est installée. C’est ainsi que le Royaume-Uni a stoppé très tôt sa politique d’unification linguistique au XIXème siècle (en particulier au Pays de Galles) ou a mis en place le droit de vote pour les femmes dès 1928, avant tous ses voisins.
La Belgique enfin a tenté de construire un Etat unitaire, en particulier au plan linguistique dès sa création. Mais évidemment, lorsque l’on commence avec plusieurs siècles de retard sur ses voisins, et qu’en prime la majorité culturelle de l’Etat (francophone) est en fait une minorité en nombre, ca n’a aucune chance de fonctionner. Et le modèle se désagrège totalement aujourd’hui.
En parallèle, le succès de la construction étatique française n’avait rien d‘écrite dans le marbre. Un simple exemple qui pourrait être multiplié: admettons que la France aie perdu quelques batailles de plus au XIVème siècle et la guerre de 100 ans. Un roi anglais s’installe à Paris. L’Etat français naissant aurait eu bien du mal à s’en remettre.
Même aujourd’hui on voit que l’Etat français soit-disant totalement unitaire sait aussi s’adapter quand – du point de vue des rapports de force – les circonstances l’exigent. Sans même parler du cas de la Kanakie, on peut citer le statut particulier de l’Alsace, notamment au plan religieux, depuis 1918 (concordat), ou encore le statut particulier proposé par referendum en Corse et refusé in extremis il y a quelques années. Il est intéressant de noter que ce referendum a été proposé alors même que les nationalistes n’avaient en Corse pas un poids politique prédominant : pas de député et même pas de conseillers généraux. Preuve que l’etat français, sous une apparence ultra-dogmatique, sait adapter ses principes lorsque els circonstances l’exigent.
Quelle conclusion doit-on tirer de ces éléments ? Tout simplement, la nature de la construction nationale Française n’a rien d’exceptionnel dans le cadre européen. La seule différence, c’est que, pour des raisons extérieures (crise économique, voir simplement une bataille gagnée ou perdue) cette construction a pu être poussée bien plus loin que les tentatives espagnole ou autres.
Tout un discours traditionnel du mouvement breton est un discours culturaliste qui consiste à critiquer la France en partant de cette idée de construction nationale différente. Il s’agit de critiquer un Etat-Nation totalement artificiel face aux communautés nationales « réelles », bretonne, basque ou encore catalane, basées sur une identité et une culture commune.
Ce discours appliqué à la Bretagne paraît d’autant plus décalé que la Culture de Bretagne est historiquement double : issue d’immigrants Bretons sur un territoire Gallo-Romain, puis divisée en partie Gallaise et partie Basse-Bretonne. Si l’on suit ce discours traditionnel de l’Emsav, faut-il en déduire que la logique nationale bretonne est tout aussi factice que la française ?
Cette identité nationale est elle-aussi le fruit d’un Etat, brittophone puis francophone. La différence, c’est que ces états se sont effondrés avant d’avoir pu forger une identité nationale forte En particulier, si l’Etat brittophone de Nevenoë s’était maintenu, il aurait mis en place (ou du moins tenté de mettre) le même processus d’unification linguistique aux dépend des populations de l’Est.
Quels éléments retenir ? Evidemment, toute construction nationale comporte une très large part d’artificialité. La mise en place d’une identité nationale commune, notamment par des phénomènes d’unification, pour ne pas dire d’épuration linguistique, est un phénomène historiquement daté, qui prend sa source à la fin du Moyen-Age et atteint son apogée à la fin du XIXème siècle. Cela n’a rien d’un phénomène particulièrement glorieux ou démocratique, et il serait plus que temps de passer définitivement à autre chose, à une logique de citoyenneté transnationale et multiculturelle.
L’Etat français, comme ses homologues espagnols ou autres, est un reliquat de cette période, et sa politique de refus des langues et des identités minoritaires est complètement hors de notre temps. Dans cette logique, le modèle d’Etat français n’a rien d‘exceptionnel. C’est juste le modèle d’unification nationale qui a été le plus poussé, et qui met logiquement aujourd’hui le plus de temps à se défaire. C’est juste le dernier des dinosaures.
Encore une fois, mais ca devient une habitude, un excellent article vient de paraître sur le site du Taurillon. Peter Fletcher, professeur agrégé des langues et enseignant à l’Université Grenoble 1, y décortique les problèmes du système d’enseignement des langues dans l’hexagone.
L’article se trouve ici :
http://www.taurillon.org/L-enseignement-des-langues-vivantes-en-France
Globalement, je partage tout à fait le constat qui est dressé. Etant parti moi-même en Erasmus, je reconnais tout à fait les problèmes rencontrés par les victimes du système d’éducation français… moi le premier. Evidemment, une fois qu’on y est, on apprend sur le tas ; N’empêche que. C’est aussi en Finlande que j’ai eu pour la première fois de ma vie l’impression d‘avoir de véritables cours d’anglais. Au menu, quasi uniquement de l’oral, pas un mot de finnois pendant trois heures, et une succession d’exercices, de sortes de jeux qui vous font parler quasi en continu. Ca change !
Néanmoins, l’auteur n’a probablement pas accordé assez d’importance à l’une des causes qu’il invoque : le problème idéologique. Il résume cela à un rejet de la langue anglaise vue comme hégémonique. Mais le problème va bien au-dela de ça.
On développe l’idée implicite que le français constitue la plus belle langue du monde, et que l’apprentissage d’une autre langue est difficile et la plupart du temps inutile. L’anglais étant devenu langue internationale, ce sont maintenant les arguments de type défense de la diversité culturelle qui sont invoqués pour privilégier l’emploi du français. Le problème c’est qu’ils aboutissent à une logique de repli identitaire, une logique de rejet de l’autre disons-le franchement, assez malsaine, et qui bien évidemment se heurte à la réalité du monde professionnel ou l’anglais est dans bien des cas indispensable. En parallèle, la France mène la politique la plus intolérante d’Europe vis-à-vis des langues minoritaires de l’hexagone. Le constat est bien connu : refus de toute utilisation dans la vie publique, refus d’ouvertures d’écoles bilingues, etc. Il aboutit d’ailleurs régulièrement à des critiques et des recommandations de la part des institutions européennes voir de l’ONU, la dernière en date étant le rapport McDougall :
http://www.contreculture.org/ONU_RapportMacDougall-030308.pdf
" Les membres des communautés minoritaires (Nd : autochtones ou immigrées) témoignent fréquemment de la frustration qu'ils
ressentent en constatant qu'il ne suffit pas de devenir citoyen français pour être pleinement accepté par le reste de la société. Ils ont le sentiment que la condition de l'acceptation n'est rien
moins que l'assimilation totale. Il leur semble qu'à cause d'une vision rigide de l'identité nationale française, ils ont dû rejeter des aspects essentiels de leur propre identité.
"
Se dessine ainsi le portrait d’une société qui se veut ou que l’on veut monolingue francophone, repliée sur une identité nationale exclusive, fermée à l’Europe comme aux minorités culturelles. L'identité française ne supporte pas de concurrence.
Heureusement, ce modèle craque un peu plus chaque jour.
Une petite réflexion sur la nature du nationalisme du Parti Breton, principalement inspirée de l’Ouvrage de Will Kymlicka « la citoyenneté multiculturelle – une Théorie libérale du droit des minorités » ainsi que d’un article de Daniel Weinstock « la neutralité de l’Etat en matière culturelle est-elle possible ? » déjà longuement disséqué ici même.
Pour ceux qui s’étonneraient d’un certain changement de ligne par rapport à l’article précédent, cet article avait été ébauché il y a un certain temps maintenant. Je viens juste de le retrouver au fond de mes cartons. Si cela m’a paru intéressant de le compléter et le publier, il doit être vu moins comme une vérité révélée sur ma vision du nationalisme que comme une volonté de recherche sur l’attitude que l’Etat doit tenir vis-à-vis de la culture et de l’identité culturelle.
Le Parti Breton propose une vision spécifique de l’organisation sociale basée
sur la primauté de l’individu.
Pourtant, jusqu’à un temps très récent, de façon générale, les tenants de la démocratie libérale ont considéré que le respect de la liberté individuelle et de la justice sociale ne pouvait être compatible avec l’attribution de droits spécifiques à des minorités ethnoculturelles. Les libéraux se sont « donc le plus souvent mépris sur les implications de leurs propres principes de liberté, de justice et de démocratie » (Kymlicka).
Néanmoins, A partir de ce constat, on pourrait considérer l’idéal à atteindre comme celui d’un état neutre culturellement (ce qui bien sur permet d’évacuer le problème de droits réservés a une catégorie de population tout comme celui de la mise en place d’une culture commune par des moyens tout sauf démocratiques). Cet idéal n’est pas et ne peut être atteint dans le cadre des démocraties libérales actuelles. En effet, celles-ci sont par nature empreintes des références culturelles et linguistiques du groupe dominant, références qui font tellement partie du vécu du groupe majoritaire qu’elles ne leur apparaissent même plus comme une inégalité.
De plus, l’Etat ne peut par nature s’empêcher d‘intervenir dans le domaine culturel. Par exemple, il est un agent linguistique (communication avec ses citoyens, débat dans le cadre démocratique) et privilégie automatiquement une langue. La division du monde en Etats elle-même consacre la domination moralement arbitraire de groupes culturels sur d’autres. Les frontières ne sont en effet dans beaucoup de cas que le fruit d’aléas historiques*.
Le fonctionnement politique comprend donc inévitablement une dimension nationale, dans la définition des frontières, le partage des pouvoirs, les décisions touchant à la langue d’usage ou le simple choix des jours fériés.
L’Etat se fait donc par nature le vecteur des cultures dominantes. Et les droits individuels dans le cadre de cet Etat ne peuvent apporter de réponse à ce type d’inégalités. Non qu’ils s’y opposent, ils n’apportent tout simplement aucune réponse. Une nouvelle approche basée sur une logique de droits collectifs est donc nécessaire pour offrir une égalité de droits aux membres des minorités culturelles.
Cette approche est ici libérale. Son objectif fondamental est donc la défense des principes fondamentaux de la liberté individuelle de choix et la protection des libertés civiles et politiques individuelles. Elle cherche à accroître la capacité des individus à critiquer les modes de vie et coutumes propres à la tradition, en particulier étatique. Elle s’oppose donc par nature au communautarisme. Face à une conception ancienne de l’Etat et de la citoyenneté, face à une logique d’Etat nation imposant un unique modèle culturel, Elle cherche à faire correspondre les institutions étatiques aux demandes des citoyens.
L’intégration de droits spécifiques aux minorités est donc non seulement compatible avec les droits de la personne mais bien nécessaire pour garantir ceux-ci. Cela implique de dépasser le cadre de l’Etat-nation unitaire au profit d’une nouvelle conception de l’Etat et de la citoyenneté.
Cette évolution a déjà été entamée par la majorité des états d’Europe par la mise en place d’un fédéralisme multinational. On peut notamment citer les cas espagnol, belge ou britannique avec la mise en place de droits spécifiques aux minorités nationales catalane, basque, galloise, écossaise ou flamande. Ces évolutions préfigurent l’avenir probable de l’Europe. En effet, avec la constitution progressive d’une union politique fédérale, les groupes formant des majorités nationales dans leur Etat vont devenir des minorités nationales d’un ensemble plus important. Elles chercheront donc à obtenir un statut leur permettant de protéger leurs spécificités au niveau européen.
La mise en place de cette nouvelle conception de l’Etat, de la citoyenneté et de la démocratie constitue aujourd’hui l’un des intérêts d’un projet politique nationaliste en Bretagne.
*Un simple exemple : Sans les invasions Vikings, l’Etat Breton et brittophone institué par Nevenoë se serait très probablement maintenu. Ce sont alors les haut-bretons gallaisants qui auraient été les victimes de la logique d’unification culturelle, et on parlerait certainement aujourd’hui Breton de Brest à Clisson. Ce qui bien sur n’aurait aucunement constitué un progrès par rapport à la situation actuelle du point de vue du processus de liberté culturelle.
Je trouve cet article intéressant à plusieurs titres, et cette théorie plutôt séduisante ; à un niveau elle discrédite complètement la pertinence de l’engagement dans un parti politique exprimant un nationalisme minoritaire. A un autre, elle le rend à nouveau légitime, mais par défaut. C’est ce qu’on peut faire de moins pire dans un contexte ou l’état intervient de manière forte et, disons le clairement, de façon anti-démocratique au niveau culturel. C’est la seule forme de pression, la contre-attaque que l’on puisse utiliser pour tenter de provoquer un compromis, faire prendre conscience de l’immense bêtise que constitue l’implication de l’état au niveau culturel. Le risque, bien sur est « d’y croire » et ainsi de chercher à reproduire un modèle plus ou moins équivalent au niveau ou la minorité constitue une majorité, comme cela se passe apparemment dans certains territoires. C’est l’erreur que fait probablement une majorité de personnes au sein de l’Emsav actuel - compris au sens le plus large -.
Tout engagement raisonné dans un parti dit Breton est-il alors un simple engagement par défaut, qui n’aurait plus de justification si l’Etat modifie sa logique en matière culturelle ? Non !
Dans mon cas, c’est un engagement en faveur d’un projet d’équilibre, un engagement fondamentalement libéral (au sens politique du terme, dont la finalité est la défense des droits individuels donc), fait au niveau breton parce que c’est dans ce territoire que je me reconnaît. Il aurait très bien pu se faire dans un parti agissant au niveau hexagonal si je m’y était reconnu, l’important n’est pas la.
Ensuite, il y a d’autres points, évidemment. Dans un contexte ou même a minima (si on prend l’hypothèse de Weinstock), l’état intervient par nature en matière identitaire, il faut tenter d’équilibrer au maximum les niveaux de pouvoir, local, breton, européen. Et enfin parce que nombre d’habitants de la Bretagne se reconnaissent dans le niveau breton ; en vertu du principe selon lequel la division politique doit correspondre au territoire vécu, l’échelon breton se doit d’être reconnu politiquement.
Ces raisons sont imparfaitement définies - il faudrait bien plus d'un article de blog pour cela - et même dans une certaine mesure contradictoires. Je suis à la foi attaché à la préservation de la diversité culturelle, même grâce à l’aide de l’Etat, et attaché à un idéal de laisser-faire total vis-à-vis de l’individu.
Plus ou s’instruit sur un sujet, moins on a l’impression d’en savoir, et moins on peut adopter une position tranchée…
Je termine sur une dernière idée : que la notion de minorité dépasse largement le cadre des minorités nationales, mais englobe toutes les dimensions d’identités partagées. Ne prendre en compte que la dimension nationale, C’est rater le fond du problème. Car si la culture, langue a droit de cité dans la politique et l’Etat, pourquoi la religion par exemple ne l’aurait t’elle pas ?
C’est la toute l’imposture du modèle étatique français. Il se veut et se présente comme un modèle universaliste qui refuse de promouvoir une identité (religieuse par exemple) au dépend d’une autre. Sauf que dans un secteur précis, celui de l’identité culturelle, ce système se voulant universaliste a mis en place sur le temps long la politique la plus coercitive et nationaliste d’Europe.
Ne prendre en compte que la dimension nationale/culturelle dans la définition de minorité revient à reproduire le même genre de schéma à l’échelon inférieur. Alors, prend-on en compte toutes les identités ou aucune, autant que possible ? Sachant que dans tous les cas la prise en compte sera imparfaite (impossibilité de prendre en compte tous les groupes, impossibilité d’une neutralité absolue de l’Etat), doit-on tendre vers le « tout » ou le « rien » ?
Vu sa taille, je divise cet article en deux partie : le résumé d’un article suivi d’un commentaire plus personnel.
J’ai eu récemment une discussion poussée avec un ami sur la place de l’identitaire dans le champ politique. En gros résumé, pour lui, l’identitaire et la culture nationale en général sont le fruit d’une construction de l’Etat ou du moins d’une classe dominante. Pour lui, l’identité, propre à chaque individu, ne regarde que lui, et en aucun cas l’Etat n’a à mettre le nez dedans sous quelque forme que ce soit.
Cela m’a incité à me replonger dans l’excellent article de Daniel Weinstock « la neutralité de l’Etat en matière culturelle est-elle possible ? ». L’auteur se définit comme libéral, « opposé au nationalisme, au communautarisme (…) et à la place prépondérante qu’occupe dans les débats (…) le discours de l’identitaire ». A ce titre, S’il s’oppose au nationalisme minoritaire, il critique tout autant les états nations libéraux et qui « sont par leur investissement du champ identitaire et culturel parmi les premiers à remettre en cause l’individualisme moral dont ils se prétendent pourtant être les ardents défenseurs ». Expressions politiques « minoritaire » et « majoritaire » dans l’Etat sont ainsi renvoyées dos à dos sous le vocable de communautarien.
L’Etat-nation libéral est théoriquement neutre, représente les intérêts de tous ces citoyens, et n’accorde aucun avantage à un groupe précis au détriment des autres.
Selon la critique communautarienne, cette position ne tient pas à l’analyse : dans les faits, l’Etat est empreint des références linguistiques culturelles, religieuses, de la majorité. L’Etat agit par nature dans le domaine culturel, et ne peut faire preuve de neutralité rigoureuse vis-à-vis des différents groupes, pour différentes raisons :
- c’est un agent linguistique, il doit communiquer avec ses citoyens et doit privilégier un nombre restreint de langues pour des questions pratiques.
- La démocratie libérale elle même est culturelle : elle est le produit de certaines sociétés a une période historique donnée. Elle ne peut donc parfaitement correspondre a certains groupes minoritaires. (ex : dans le culte catholique, la figure d’autorité est bien plus importante que dans le protestantisme)
- La division du monde en états consacre domination arbitraire de certains groupes à l’origine desdits états. Construction des états est le fait du hasard historique. Certains groupes n’avaient pas vocation à dominer et d’autres à être dominés.
S’ils sont d’accord sur le constat, nationalistes étatiques et « particularistes » se divisent sur la solution à apporter.
Pour les nationalistes étatiques, il faut une identité commune pour que institutions d’une démocratie libérale soient viables. Puisque l’interpénétration Etat/Culture est inévitable, il faut que tous les citoyens se retrouvent dans la culture que l’état véhicule : d’où une logique d’assimilation forcée et une logique de construction nationale-étatique. Cette construction est fondamentalement injuste, coercitive, et remet en cause les droits individuels, réduit la liberté de choix de vie. Ou alors elle est inefficace, si l’Etat laisse des identités minoritaires fortes, celles-ci peuvent à tout moment se développer dans la sphère publique, le politique, et rendre caduque l’identité commune.
Pour les particularistes : il faut donner aux minorités les mêmes droits qu’a de fait la majorité dans l’Etat nation. Chaque minorité doit avoir un espace institutionnel ou exprimer son identité. Cela aboutit à une logique de dispersion du pouvoir et de citoyenneté fragmentée, multiculturelle. L’autonomie politique nécessaire à la minorité pour se protéger des pressions induites de la majorité .Le principe est, en quelque sorte, de faire que les minoritaires soient toujours majoritaires quelque part. Cette logique pose également différents problèmes :
Ou doit-on s’arrêter? Faut-il accorder les mêmes droits aux groupes religieux ? aux joueurs de boules ? Une identité aujourd’hui, ce n’est pas uniquement la sphère ethno culturelle, c’est multipolaire. La limite posée à la reconnaissance des minorités sera par nature arbitraire.
De plus, chaque individu appartient à un grand nombre de groupes, pas à un seul. Si on donne des droits collectifs à un groupe, on l’institutionnalise, on le rigidifie, on renforce sa hiérarchie, il est plus dur de changer de groupe et de conserver sa liberté individuelle.
Enfin, l’Etat de droit garantit quand même les droits individuels les plus fondamentaux ; un groupe qui s’autonomise de l’Etat le fait parfois pour garder une position de subordination sur ses membres : deux exemples en sont les droits des femmes dans les groupes religieux ou le refus dans une minorité de laisser ceux qui le veulent accéder à langue de la majorité.
On voit donc que dans les deux cas les risques sont analogues : il faut éviter que les institutions deviennent les véhicules de formes de vie culturelles au nom desquelles on se sent autorisé a court-circuiter les libertés individuelles. On aboutit donc à une impasse avec dans les deux cas des réponses très imparfaites.
Comment alors arriver à une véritable neutralité culturelle de l’Etat ? On peut tendre vers cet idéal si l’Etat parvient à se dissocier largement de la culture de la majorité.
C’est alors toute la critique communautarienne (majoritaire comme minoritaire donc) qui doit être remise en cause.
- langue commune pour communiquer avec l’Etat reste effectivement nécessaire. Mais cette langue commune peut rester une langue étrangère, non maternelle, pour minorités (et donc être uniquement enseignée comme telle, comme langue étrangère). De plus, la langue commune ne doit pas être considérée comme consubstancielle a l’état mais rester purement un outil technique. Et en cas, par exemple, d’immigration massive qui ferait changer la majorité linguistique au sein de l’Etat, elle peut parfaitement changer. L’Etat doit s’adapter à la population et non l’inverse.
- La démocratie libérale est certes issue d’une certaine culture (occidentale, XVIIème siècle…) : mais peut et doit être amenée a se développer dans une logique ou aucune conception de la vie bonne ne domine, et ainsi se détacher de ses référents culturels. Elle doit devenir un régime purement « technique, » a-culturel.
- Dans une démocratie qui marche bien, c’est la politique du consensus qui joue, pas la majorité qui s’impose a la minorité. il faut une démocratie délibérative ou citoyens tenteront de se convaincre du bien fondé de leurs positions plutôt que passer par l’épreuve de force. Seuls une forte tradition démocratique alliée à des institutions efficaces sont nécessaires.
Quels sont alors les avantages d’un Etat neutre culturellement ?
- Le discours identitaire a quel niveau que ce soit, tendance a défendre des positions politiques non pas sur des raisons partageables et intelligibles par l’interlocuteur mais en invoquant l’identité a laquelle telle ou telle position est intrinsèquement liée. Cela inhibe l’échange de raison, bloque le débat et la démocratie délibérative.
- Cela rend plus difficile les compromis. Remettre en cause son identité, c’est remettre en cause son intégrité, on fait monter les enchères. C’est différent de valeurs ou d’intérêts « logiques » sur lesquels on peut facilement faire des compromis.
Faut t’il pour autant reprocher aux partis représentant les minorités d’être des mauvais joueurs dans le jeu démocratique ? Non, cela peut être tout a fait rationnel, c’est une posture de défense qui augmente le prix que l’adversaire aura à assumer dans le débat. Mais cette opposition reste délétère à long terme pour une démocratie saine.
Le problème de fond, c’est que l’état se comporte lui même comme entrepreneur identitaire ; du coup à partir du moment ou il entend créer une identité commune et mettre en oeuvre tout les moyens coercitifs dont il dispose pour atteindre cet objectif, il est logique que les minorités ripostent sur le même terrain. Si on veut aboutir à une démocratie délibérative et éviter ce climat d’affrontement, l’état doit abandonner le terrain culturel.
C'est le thème d'un article intéressant paru sur Agoravox: link
Au-dela de l'aspect polémique, plusieurs éléments intéressants sur le système finlandais sont ici présentés de façon claire et concise. Bonne lecture!
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